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6è Rencontres AEEPS/Montpellier - 3è Biennale/AFRAPS - COMMUNICATIONS : le plaisir des APSA Imprimer Envoyer
Écrit par Mathieu Chantalle   
COMMUNICATIONS : le plaisir des APSA
colloq-2007-le-plaisir-en-eps
icon - Nature, le plaisir et EPS

Bartczak Frédéric - Professeur certifié d’EPS, Responsable de la filière " Management des sports et des loisirs de nature et de montagne ", STAPS de Font Romeu, Vice-doyen de la faculté " Sports, Tourisme ", Université de Perpignan

Résumé : Comme le démontre les dernières enquêtes portant sur les activités physiques des Français, la notion de plaisir apparaît de manière de plus en plus ostensible au travers des pratiques physiques ayant comme cadre la nature et dans celles qui sont menées en dehors de tout esprit de compétition. Cet engouement s’insère dans une évolution du goût des Français pour des pratiques différentes de celles des sports traditionnels de compétition. Pour Pascal Mao (2003), ces " pratiques sportives de nature ne répondent pas à un phénomène de mode, mais à une réelle attente sociale s’inscrivant dans la durée. "

Malgré cet " incontournable contexte " (Louveau, Métoudi, 1986), la pratique de ces activités physiques reste souvent confidentielle et globalement peu importante dans le cadre de l’EPS. En effet, l’observation de la réalité scolaire montre un tout autre visage que celui entrevu dans les pratiques culturelles les plus en vogue actuellement. Depuis plus de trente ans, les résultats des différentes études effectuées convergent et font ressurgir une tendance traditionnaliste de l’enseignement de l’EPS.

Plusieurs ruptures apparaissent alors, d’une part entre les activités que les élèves souhaitent pratiquer dans le cadre de l’établissement scolaire et celles qui sont proposées dans les cours, et d’autre part entre les pratiques sociales et les pratiques scolaires.

Face à un tel constat, nous pouvons nous interroger avec Christian Pociello, " les enseignants d’EPS peuvent-ils se soustraire à ces mutations culturelles et économiser une réflexion sociologique et prospective… sur leur registre particulier d’activités ? "

Méthodologie utilisée : Une première enquête par questionnaires effectuée auprès de 30 établissements des département de l’Aude et des Pyrénées Orientales. Une seconde effectuée auprès de tous les départements STAPS de France sur le cursus de formation des futurs professeurs d’EPS.

Résultats : Les moyens matériels utilisés reviennent le plus fréquemment dans les discours des enseignants d’EPS pour justifier le peu de place occupée par ces activités dans la programmation. Les difficultés matérielles sont certes un critère explicatif au manque d’intégration des sports de nature dans les enseignements d’EPS mais elles ne sont pas la seule explication, d’autres raisons apparaissent lors de cette enquête.

Mots-clés : décalage culture/pratiques scolaires, attentes des élèves, légitimité, rôle social de l’école


icon - Au-delà du principe de plaisir ...colloq-2007-le-plaisir-en-eps

Yves Félix Montagne - Professeur Agrégé d’EPS - IUFM de Paris

Résumé : A l’écoute de ce qui satisfait ou insatisfait les enseignants et les élèves en EPS, on peut penser que la pratique ou les effets de la motricité ne sont pas les seuls pourvoyeurs de satisfaction ou d’insatisfaction dans cette discipline d’enseignement. On peut également noter, si on décide de prendre les paroles des protagonistes de l’EPS comme des énonciations qui ont valeur de vérité, que ce qui les satisfait ou les insatisfait , n’est pas uniquement ce dont ils ont conscience, ce qui les réjouit ou ce qui leur est agréable.

En articulant, grâce au champ conceptuel et méthodologique de la psychanalyse, les concepts de plaisir/déplaisir et de jouissance, on peut envisager une lecture inédite de la satisfaction dans les gymnases. On peut de la sorte espérer éclairer autrement les conduites des élèves et la perplexité de leurs professeurs.

Cette articulation, F Labridy et le GREPAS l’ont décliné pendant 20 années à propos du sport. Bien des jalons ont été ainsi posés, montrant que plaisir et jouissance ne se confondent pas dans la pratique sportive, quelle soit de haut niveau ou plus décontractée. Le plaisir est de l’ordre du plaisant, du possible, du dicible, du continu. La jouissance est de l’ordre du désagréable, de l’impossible, du fini et du " pas parlable " comme disait un professeur.

A travers le prisme de cette double dialectique plaisir/jouissance et agréable/désagréable, ni le plaisir ni la jouissance ne sont posés comme des objectifs à atteindre ou des méthodes à employer dans les gymnases. Il sont plutôt à prendre comme des traces du vivant pulsionnel qui anime les cours, comme des effets de surcroît à la rencontres éducative et aux apprentissages moteurs déclenchés en EPS.

Etayer un tel postulat engage à :

  • Rappeler quelques éléments de définition à propos du plaisir, du principe de plaisir, de l’au-delà du principe de plaisir et de la jouissance, en s’appuyant sur les travaux de Freud et de Lacan.
  • Faire apparaître comme des modes de jouir particuliers certaines positions enseignantes identifiées à première vue comme désagréables et sources de désagrément, comme le fait de jouir de dominer la classe ou d’être malmené par les élèves
  • Reconnaître dans les conduites emportées et " insensées " de certains élèves des formes d’expression singulière de jouissance(s), telle celle éprouvée par et dans le " bla-bla " du silence impossible ou celle ressentie dans les actes de transgression ostentatoires ;
  • Envisager des pistes pour répondre à la question d’une enseignante " néo-titulaire " (PLC3), " comment être professeur pour qu’eux et moi soyons satisfaits ". Cela revient, tant en formation qu’au front des classes, à inventer des formules d’EPS susceptibles d’autoriser un peu de la satisfaction de chacun dans une logique d’un vivre ensemble grâce à l’école.

La première des solutions ébauchées semble passer par la mise en place de lieux et de formules de conversation susceptibles d’accueillir dans la parole l’en trop de jouissance des élèves.

La seconde parait s’organiser autour de moments entre professeurs, pour parler de soi en situation, pour tenter de poser certains jalons aussi bien quant au repérage de la façon dont on jouit de son métier d’enseignant, qu’à la perception de la manière dont les élèves organisent leur satisfaction d’adolescents.

La troisième s’appuie sur le fait qu’un grand nombre de jeunes professeurs trouvent du contentement et obtiennent celui des élèves en passant par les jeux traditionnels. On peut envisager de s’appuyer sur cette ouverture pour se souvenir en entendant ce professeur dire " le jeu ça les change ", que la dialectique " ludus/païda " pourrait fédérer la rencontre des satisfactions dans le gymnase. Dire que les élèves sont AUSSI demandeurs de jeux et pas seulement " de situations ludiques ", c’est interroger cette disposition pédagogique en la pointant comme finalement un choix qui, en privilégiant le principe de plaisir, satisfait surtout les enseignants.

Cette vision décalée de la relation à construire entre EPS, le plaisir et son au-delà est à prendre comme une tentative clinique pour comment répondre au ’’TANT moderne’’ de l’EPS qui l’embarrasse. La praxis de la psychanalyse soutient et montre deux voies/voix pour prendre en compte le fait que professeurs et élèves sont réciproquement empêchés et empêcheurs de jouir en rond .Le premier engage à regarder quelle est sa propre part dans le désordre dont on se plaint, en considérant que ce dont on se plaint, on n’est pas sans en jouir. Le second constate qu’à passer par la parole on peut partiellement se départir du trop d’insupportable que cause la tension d’une jouissance, quoi qu’il en soit, impossible à assouvir.

En associant l’allègement que procure le langage avec la sublimation " motrice " que peut proposer l’EPS, par les règles du jeu moteur quelque chose peut être, va s’inventer pour permettre aux élèves et aux professeurs d’être autrement satisfaits en cours.

BROUSSE Marie-Hélène, LABRIDY Françoise, TERRISSE André, SAURET Marie-Jean ; Sports, psychanalyse et science, Ed Puf, Paris, 1997

DE SMET Noëlle, Au front de classes, Ed talus d’approche, Bruxelles, 2005

FILLOUX Janine ; Du contrat pédagogique, Ed l’Harmattan, Paris, 1976

FREUD Sigmund, Le mot d’esprit et sa relation à l’inconscient, 1905,Ed Gallimard, Paris, 1988

LACAN Jacques, Les Ecrits, " Fonction et champ de la parole et du langage ", p237 à 322, Seuil, Paris, 1966

LEHIR Sonia, MONTAGNE Yves Félix, " Rencontre avec Fabien Galtier ", in Revue Terre de CIEN, N°15, Mars 2005, p 2-4.

PARLEBAS Pierre, " Jeux sportifs, rêve et fantaisie ", in Revue Esprit, N°446, Mai 1975, p 789.

SAFOUAN Moustapha, L’échec au principe de plaisir, Ed Seuil, Paris, 1979


icon - Plaisirs déclarés d'enseigner la danse à l'écolecolloq-2007-le-plaisir-en-eps

Stéphanie Hanf et Ghislain Carlier - Institut d’éducation physique et de réadaptation - UCL - Louvain-la-Neuve (Belgique)

Résumé : Selon Lacince (2000, 114), seuls 2% des professeurs enseignent la danse à l’école. En Belgique francophone, bien que l’éducation à l’expression soit un des quatre axes du programme d’éducation physique, son enseignement est également minoritaire. La plupart des enseignants éprouvent des difficultés avec cette discipline, incarnant les constats de Midol (2004) et de Roux-Perez (2007). Serait-ce par manque de plaisir, d’intérêt ou de compétence ?

Six enseignants (4 F, 2 H) et deux chorégraphes, reconnus pour leur expertise de l’enseignement de la danse, ont accepté de participer à des interviews semi-structurées destinées à faire émerger les constituants de leur plaisir (Haye, 2001).

Tous pointent en priorité l’aisance gestuelle acquise au cours d’une formation longue et personnalisée. Celle-ci engendre un goût prononcé pour la transmission et une réelle satisfaction à se mettre en scène devant les élèves. En revanche, ces enseignants passionnés se heurtent à des difficultés qui limitent leur impact : le temps limité consacré à cette APSA, l’inadéquation de leur propre formation aux attentes actuelles des élèves, la difficulté d’évaluer et le contexte scolaire peu propice au lâcher-prise expressif. Selon qu’ils utilisent une didactique axée sur la reproduction de chorégraphie ou qu’ils impliquent les élèves dans un processus créateur, les enseignants se positionnent différemment par rapport à ces constats. Ces points de vue questionnent la formation initiale et continue des enseignants. Bibliographie

Haye, G. (2001). Les singuliers plaisirs pluriels de l’EPS. Revue Hyper, 214, 1-4.

Lacince, N. (2000). Danse scolaire, objet de transgression en éducation. Corps et Culture n°5, 91-109.

Midol, N. (2004). La problématique artistique de la danse dans l’institution éducative. In Gh.Carlier (Ed.) Si l’on parlait du plaisir d’enseigner l’éducation physique. Montpellier, AFRAPS, 101-112.

Perez-Roux, T. (2007). " Ah, c’est de la danse !? " : Formation des enseignants d’EPS et représentations de l’apprentissage en danse. In Gh. Carlier et J.- P. Renard (Eds.), Plaisirs, compétence et réflexivité. La formation continue en éducation. Louvain-la-Neuve, PUL, 39-48.